un T1 vaut mieux que 2 tu l'auras

Mercredi 1 juillet 2009
- Publié dans : un T1 vaut mieux que 2 tu l'auras
L'année se finit et je partirai sans regret, sans me retourner, de cette école. Je ne suis pas la première, et ne serai sûrement pas la dernière. Avec un taux de renouvellement de l'équipe de plus de 50% chaque année, je savais à quoi m'attendre. Je n'ai pas été déçue. J'avais écrit un long post hier à ce sujet. Je viens de l'effacer. Je n'ai pas à me justifier. J'ai fait des choix pédagogiques, parce que je pensais et pense toujours qu'ils étaient les plus adaptés à ma classe. Mes élèves ont appris ce qu'ils étaient sensés apprendre. Ils ont aussi appris à être autonomes, à s'écouter, à s'entraider. Et c'est là que le bât blesse. Je n'étais pas raccord avec les attentes de leurs parents. Les enfants de ce quartier sont élevés dans l'idéal de la compétition. Ils doivent être les meilleurs. Ils sont élevés dans l'individualisme, dans l'élitisme. Et j'ai brisé ce schéma en classe. Consciemment, de façon réfléchie et construite.

Tout au long de l'année, certains parents ont mené une campagne de destruction de ma réputation professionnelle de manière systématique. Ce ne furent que rumeurs, propos déformés, amplifiés, rapportés. Mais rien de réel, de concret. La preuve? Le conseiller pédagogique n'est jamais venu me visiter une seconde fois. L'inspectrice n'est jamais venue m'inspecter. Pourtant, en tant que T1, je suis sous leur surveillance. J'ai toujours répondu de façon professionnelle. Mais les attaques ont perduré, jusqu'à la dernière minute, puisque j'ai encore été l'objet de critiques infondées mardi. Le pire est qu'ils sont persuadés d'être à l'origine de mon départ. Il n'en est rien. Je m'en vais parce que j'ai eu mon premier voeu, celui qui me rapprochera de mes parents. Si j'avais voulu, j'aurai pu demander et obtenir sans aucun problème l'école où j'étais. Mon barême me le permettait.

Je considère que mon travail est de semer des graines. Des graines de connaissances, d'envie d'apprendre. Des graines de vie en collectivité, d'ouverture d'esprit par la connaissance d'autrui, d'ailleurs. Ces graines peuvent germer rapidement et l'enfant s'épanouira dans l'année. Elles peuvent rester en sommeil puis germer plus tard. Elles peuvent enfin rester sous terre et rester à l'état de graine. Tout dépend de leur environnement. Chacun élève son enfant comme il l'entend. Mais je considère que l'école est un sanctuaire, un lieu pacifié. Et certains parents n'ont pas joué le jeu. Jamais les élèves de ma classe n'ont entendu de ma bouche un jugement de valeur concernant leurs parents. Jamais. Par contre, ils ont entendu sans cesse, jour après jour, des critiques me concernant, des paroles mettant en doute mes compétences professionnelles voir même, et c'est encore pire, maternelles. Et ça, ça ne passe pas. Ma vie privée m'appartient. Je ne vais pas leur dire comment élever leurs enfants. Ils n'ont pas à juger de mes capacités professionnelles au vu du comportement de la crapouille. Ma fille a vécu et vu des choses qu'aucun de leurs enfants ne vivra ou verra. Du moins, je l'espère. Son comportement est la résultante de son vécu. Et je ne permettrais à personne, si ce n'est des professionnels habilités en charge de son suivi de me, de la ou de nous juger.

J'ai de la chance. D'autres parents, ceux qu'on appelle la majorité silencieuse, sont venus me voir pour me remercier et me faire état des progrès de leur enfant et de l'action bénéfique que ma pédagogie avait eu sur eux. Ces gamins sont ma fierté. Ce sont les graines qui ont germé rapidement, et n'ont pas encore fini de s'épanouir. Ils ont trouvé leur place, sont bien dans leur baskets. Ce sont en outre d'excellents élèves.

J'ai eu beaucoup de mal à digérer les critiques, surtout parce que je ne pouvais pas me défendre. Les on dit, les rumeurs sont ce qu'il y a de pire pour détruire quelqu'un. Je garderai la tête haute. Et je garderai dans mon coeur, pendant de longues années je pense, le sourire épanoui de A et de M, l'image de N travaillant sans s'agiter, de T qui est devenu complètement autonome dans son travail, de B qui spontanément, sa tâche achevée, va voir si il peut apporter son aide à un autre élève. Et c'est ça qui compte vraiment.

Quant à leurs parents, et bien.... J'ai rencontré les collègues qu nous remplaceront l'année prochaine, et je peux d'ores et déjà affirmer que le retour de karma se profile. Quant à moi, je sèmerai d'autres graines, à l'autre bout du département. J'y mettrai de nouveau toute mon énergie, et je le ferai avec éthique, passion et conscience. Je commence déjà à préparer cette année. Dès la fin de cette semaine, mon esprit sera occupé à préparer notre déménagement et je ne pourrai recommencer à travailler qu'une fois installées. Je profite donc des derniers moments ici pour avancer un peu. Nouvelle vie, nouveau départ, nouveau cycle.... et inspection !!

Mais ceci est une autre histoire ...
Vendredi 5 décembre 2008
- Publié dans : un T1 vaut mieux que 2 tu l'auras
Depuis le début de la semaine, j'ai à subir les foudres des parents de certains de mes élèves qui estiment que je n'ai rien fait faire à leurs enfants, qu'ils ne peuvent pas suivre le travail de leur enfant de façon satisfaisante, que je ne suis pas assez transparente sur ce que je leur fait travailler.... Tout ça après s'être concertés sur le bord du terrain pendant l'entrainement de foot de leur enfant....

Les même reproches à midi et le soir de lundi. Pourtant, j'étais en train de finaliser les bulletins de la première période et j'avais déjà 3 pages de compétences évaluées pour la période comprise entre la rentrée et les vacances de Toussaints... Je donne le cahier du jour à signer, ainsi que les évaluations, au moins une fois par semaine, plus pour ceux que je suis de plus près. J'ai 4 élèves en soutien, 2 sous contrat de comportement, 2 tutorés de près.... Ils ont donc tous les éléments pour les suivre. Encore faudrait-il que leur enfant leur montre son cahier du jour, qu'ils le lui demandent. Je ne vérifie pas les signature, parce qu'en cycle 3, je veux que les élèves soient autonomes. Je n'évalue pas tout de façon formelle, parce que je suis persuadée que si un élève peut répondre à mes questions à l'oral, si il fait ses exercices justes de façon individuelle, il a compris et que je préfère leur faire des exercices d'approfondissement pendant 1/2 que des évaluations. je ne passe jamais à une autre notion avant d'être sure que la grosse majorité de mes élèves a validé la compétence travaillée. Les évaluations formelles sont une source de gros stress pour certains de mes élèves qui ont acquis les connaissances. Que faire alors? Faire figurer le 'à refaire' de leur évaluation ou le TB de leur cahier du jour, sur le bulletin? j'ai fait mon choix. et si je fais moins d'évaluations que mes collègues, ce n'est pas par fainéantise, parce que la correction d'exercices est la même, ainsi que l'évaluation des compétences travaillées par ces exercices. Que ce soit sur une feuille blanche d'évaluation ou sur le papier quadrillé du cahier du jour, ça me prend autant de temps....

Comme à mon habitude, je me suis beaucoup remise en question. C'est une énorme responsabilité que d'enseigner. Mais pour moi, un élève n'est pas seulement une tête à remplir. C'est aussi un individu à faire grandir, une tête à faire réfléchir, un être à épanouir. J'ai donc pris la décision de continuer, de relever la tête et d'assumer ma façon de faire. J'ai donc fini de remplir mes bulletin, et j'ai ajouté des appréciations positives, ou teintées d'humour, mais jamais humiliantes, toujorus valorisantes (en récitant mentalement le mantra suivant: pense aux élèves, pas à leurs parents... pense aux élèves, pas à leurs parents....)

Certains parents ont cependant fait la part des choses et ont avoué s'être laissés influencés par ce qu'ils entendaient provenant d'autres parents. Et ce soir, une mère est venue me voir dans ma classe, après le départ de mes élèves, pour me parler de toute autre chose. Elle fini par me dire qu'elle ne fait pas partie de ces parents énervés... et là, je lui fais un sourire. Elle semble hésiter et finit par me remercier. Son fils a fait d'énormes progrès... Elle me dit: "il veut lire, il nous demande de faire des recherches, il a envie d'apprendre, il devient plus curieux". Et elle me fait un grand sourire avant d'ajouter: "vous savez, mon mari et moi avons beaucoup ri". Devant mon air étonné, elle ajoute: "mon fils s'est replié sur lui même depuis quelques années. Il a vécu des choses dures et il était devenu solitaire. Nous l'avons fait suivre pour ça. Sur le bulletin, vous avez écrit qu'il était trop bavard... Vous ne pouvez pas savoir ce que ça nous a fait du bien de lire ça. Nous l'avons évidemment sermonné, pour la forme, mais cette remarque a fini de nous rassurer: grâce à vous, il s'est ouvert aux autres, il est mieux dans sa peau, et nous le voyons chaque jour plus épanoui. Il apprend plus facilement, il s'intéresse à ce qui l'entoure. Il cherche à comprendre. Alors peu importe ce que disent les autres, je me suis même disputée avec mes amies à ce sujet: vous faites du très bon travail et vous avez mon soutien. Merci encore, et surtout continuez."

Cette maman ne peut pas savoir ce que cette conversation m'a apportée. J'ai compris que j'avais raison de tenir le cap. Parce qu'un enfant qui comprends, qui prend confiance en lui est un enfant qui apprendra mieux, qui sera moins stressé, plus serein face aux apprentissages. Au grand dam de certains esprits chagrins, je continuerai donc sur la même lancée. Je continuerai à m'intéresser à eux, à ce qu'ils aiment, à leur lire des nouvelles farfelues, comme ça, pour le plaisir, parce qu'on a cinq minutes devant nous. Je continuerai à leur donner à apprendre des poésies difficiles mais qui leur parleront. Les tables resteront disposées en îlot, ils seront toujours 5 par groupe et pourront continuer à s'entraider si le besoin est. Je ne cèderai pas, parce que je sais qu'ils sont heureux de venir à l'école, qu'ils apprennent ce qu'ils sont sensés apprendre. Qu'ils ont confiance en moi pour leur donner confiance en eux-même. Et ça, ça n'a pas de prix. Alors ce matin, je suis allée travailler le sourire aux lèvres, l'envie dans les jambes. Et une gamine habituée à l'échec depuis longtemps a réussi a faire des additions posées sans erreurs, un gamin mal dans sa peau, très complexé a récité sa poésie devant toute la classe sans fléchir. Et je me dis que oui, décidément, je fais vraiment le plus beau métier du monde. Malgré la fatigue, malgré la pression constante des parents qui pensent parfois savoir mieux que moi ce que je suis sensée faire. Malgré le travail énorme qui m'attend chaque soir une fois la crapouille couchée, pour trouver des situations stimulantes, des idées motivantes. Pour leur donner envie d'apprendre, envie de savoir, et être fiers de ce qu'ils ont compris.

Ce soir pour moi, c'était un peu Noël avant l'heure. C'est karmique.
Jeudi 20 novembre 2008
- Publié dans : un T1 vaut mieux que 2 tu l'auras

voila le texte que je recherchais.... Peut-être me parle-t-il beaucoup parce que la crapouille est en petite section....

La journée d'Enzo 3 septembre 2012
 Enzo est assis à sa place, parmi ses 32 camarades de CP. Il porte la vieille blouse de son frère, éculée, tâchée, un peu grande. Celle de Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une grande marque.
La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la classe. Trop de bruit. La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite qui vient remplacer leur maîtresse en congés maternité. Il ne se souvient pas  plus de son nom qu'elle ne se souvient du sien. Sa maîtresse a fait la  rentrée, il y a trois semaines, puis est partie en congés. La vieille dame de 65 ans est là depuis lundi, elle est un peu sourde, mais gentille. Plus gentille que l'intérimaire avant elle. Il sentait le vin et criait fort.
 Puis il expliquait mal.
 Du coup Enzo ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les dates des croisades. On l'a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le soutien. Sans doute aussi aux vacances. Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ; son ventre gargouillait.

 

Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait que du pain. Il l'a mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne peuvent déjà plus payer la cantine.Il a commencé l'école l'an dernier, à 5 ans. L'école maternelle n'est plus obligatoire,c'est un choix des mairies, et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir une école. Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école à 3ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l'accueil et le goûter n'existent plus, place à la morale, à l'alphabet ; il faut vouvoyer les adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se débrouiller seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel.
  
Les enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante élèves chacun comme une garderie. L'école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls les riches y ont accès.Mais Brice a moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l'école et ses leçons de CP. En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses parents ne peuvent pas l'aider pour les devoirs, ils font trop d'heures supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus  de chance que son voisin Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir à l'école, pour aider son grand-père, qui n'a presque pas de retraite. Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le directeur (un gendarme en retraite choisi par le maire) a rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais. Enzo n'oubliera jamais son ami  pleurant dans le fourgon de la police, à côté de son père menotté. Il parait qu'il n'avait pas de papiers... Enzo fait très attention : chaque matin il met du papier dans son cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère.
 Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a besoin de lunettes.Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut payer l'assurance, et ses parents n'ont pas les moyens.L'an prochain Enzo devra prendre le bus pour aller à l'école. Il devra se lever plus tôt. Et rentrer plus tard. L'EPEP (établissements publics d'enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CP dans le village voisin, pour économiser un poste d'enseignant. Ils seront 36 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une autre école. Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son grand frère Théo,en centre de préformation professionnelle. Peut-être que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à apprendre par coeur. Mais sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça ne sert à rien. Le père d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie, l'usine est partie là-bas. Il ne l'a pas vu depuis des mois. La délocalisation, ça s'appelle, à cause de la mondialisation. Pourtant la vieille dame disait hier que c'est très bien, la mondialisation, que ça apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains ! Il lui tarde la récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune soeur de maman.
 Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans l'école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques, qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c'était un syndicaliste qui faisait de la pédagogie. Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux enfants avec des vrais livres ; un inspecteur venait régulièrement la gronder ; elle a fini par démissionner. Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse dans un café, car sa formation n'est pas payée. Elle dit :
 « A 28 ans et un bac +5, servir des bières le soir et faire la classe la journée, c'est épuisant. » Surtout qu'elle dort dans le salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer.
 Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec l'abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix commandements par coeur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien, Enzo se demande pourquoi il est là.
 Pourquoi Saïd a dû partir ?
 Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit ?
 Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail ?
 Pourquoi ils sont si nombreux en classe ?
 Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année ?
 Pourquoi il devra prendre le bus ?
 Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages ?
 Pourquoi on le punit ainsi ?
 Pourquoi il n'a pas de lunettes ?
 Pourquoi il a faim ?


Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours et les annonces du gouvernement. trouvée sur le net
  
Si vous ne voulez pas que vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces, petits voisins, ..., deviennent des copains de classe de ce petit Enzo, faites suivre ce mail à votre carnet d'adresse ! Il faut que tout le monde prenne conscience que c'est ce qui les attend à plus ou moins court terme !
 
Il faut que le ministère arrête de détruire l'Education Nationale !!!                                                 

Merci pour eux

 

Jeudi 20 novembre 2008
- Publié dans : un T1 vaut mieux que 2 tu l'auras

Ce n'est pas le texte que je cherchais mais celui-ci exprime parfaitement ce que nombre de mes collègues et moi même ressentons, que nosu soyons en début ou en fin de carrière, en ZEP ou dans des écoles en milieux favorisés.




Colomiers, le 6 novembre 2008


Monsieur l'Inspecteur,

Je vous écris cette lettre car aujourd'hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d'obéir.

Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l'Education Nationale s'est engagé qui désespère de plus en plus d'enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l'opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l'école se succèdent, suscitant tantôt de l'inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d'arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d'une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est préparée, expliquée et mise en oeuvre. L'Education Nationale n'est pas l'armée ! Il n'y a pas d'un côté ceux qui décident et d'un autre côté ceux qui exécutent ! L'honneur de notre métier est aussi de faire œuvre de raison, de critique et de jugement.


Aujourd'hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l'Education Nationale n'est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l'attestent au grand jour : des milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation d'enseignement déjà difficile, la diminution du volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par tous les chronobiologistes, l'alourdissement des programmes scolaires malgré une rhétorique qui prétend le contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée des RASED alors qu'aucun bilan de leur action n'a été réalisé, la réaffectation dans les classes des enseignants travaillant pour les associations complémentaires de l'école, ce qui mettra à bas grand nombre de projets éducatifs dont l'utilité n'est plus à démontrer, la mise en place d'une agence chargée du remplacement avec l'utilisation de vacataires, la création des EPEP où les parents et les enseignants seront minoritaires dans le Conseil d'Administration, la dévalorisation du métier d'enseignant dans les écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches et finalement des mauvais coups portés à notre système éducatif. Sans compter, ce qui m'est le plus insupportable, l'insistance à dénoncer le soit disant « pédagogisme », c'est-à-dire les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies, apportent des réponses innovantes, crédibles, raisonnables à l'échec scolaire.


Le démantèlement des fondements de l'Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d'un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu'un « art de vivre », en donnant toutes ses chances à chaque élève, sans aucune distinction.

1. Les « nouveaux » programmes constituent une régression sans précédent. Ils tournent le dos à la pédagogie du projet qui permet aux élèves de s'impliquer dans les savoirs, de donner du sens à ce qu'ils font, de trouver des sources de motivation dans leur travail. Cette vision mécaniste et rétrograde des enseignements, qui privilégie l'apprentissage et la mémorisation, va certainement enfoncer les élèves en difficulté et accentuer l'échec scolaire. Ces programmes sont conçus pour pouvoir fournir des résultats « quantifiables, publiables et comparables » Or, « en éducation, tout n'est pas quantifiable, ni même évaluable en termes d'acquisitions immédiatement repérables ». (Philippe Meirieu). Nous sommes bien dans une logique d'entreprise et de libéralisation de l'école. Désormais, les enseignants seront évalués sur les progrès des acquis des élèves, c'est-à-dire sur la progression des résultats chiffrés. C'est notre liberté pédagogique qui est ainsi menacée. Dans la mesure où les programmes de 2002 n'ont fait l'objet d'aucune évaluation sérieuse et que d'autre part nous ne savons toujours pas qui a élaboré et rédigé les programmes 2008, d'ailleurs sans aucune concertation digne de ce nom, nous sommes en présence d'un déni de démocratie et de pédagogie. Pour toutes ces raisons, je considère que ces programmes sont totalement illégitimes. C'est pourquoi en conscience, j'ai décidé de ne pas les appliquer et de continuer à travailler dans l'esprit des programmes de 2002.

2. Tout particulièrement, je refuse de m'inscrire dans la logique d'une « Instruction morale et civique » aux relents passéistes. C'est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l'inscription d'une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd'hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d'échanger, de se respecter. Nous avons besoin d'une éducation au vivre ensemble, car si nous ne le faisons pas, qui le fera ? L'éducation citoyenne est l'un des piliers de l'école pour construire une société ouverte, démocratique et libérée de l'emprise de la violence. La priorité aujourd'hui est d'apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd'hui, comme hier, en conscience, j'ai fait le choix d'une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble.


3. La réduction du volume horaire de la semaine scolaire de 26h à 24h apporte des bouleversements tels dans l'organisation des écoles, qu'il faut aujourd'hui parler de désorganisation structurelle. Le dispositif d'aide personnalisée pour « les élèves en difficulté » n'est qu'un prétexte démagogique pour supprimer les RASED. Ce dispositif porte un coup fatal à la crédibilité du métier d'enseignant. En effet, de nombreuses expériences pédagogiques d'hier et d'aujourd'hui ont montré et montrent que la difficulté scolaire se traite avec efficacité avec l'ensemble du groupe-classe, dans des dynamiques de coopération, de tutorat, de travail différencié, d'ateliers de besoin, etc. Le dispositif actuel considère que la difficulté doit être traitée de façon « médicale », avec un remède individuel, en dehors de toute motivation et de tout projet de classe. C'est une grave erreur. Ce dispositif est une faute contre l'esprit et la pédagogie. Dès la rentrée, en conscience, je n'appliquerai pas ce dispositif d'aide personnalisée tel qu'il est actuellement organisé. Ces deux heures seront mises à profit pour mener à bien un projet théâtre avec tous les élèves de la classe, répartis en demi-groupe, le mardi et le vendredi de 15h30 à 16h30, ceci avec l'accord des parents.


4. Les stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires à destination des élèves de CM1 et CM2 sont eux aussi des dispositifs scandaleux et démagogiques destinés à caresser l'opinion publique dans le sens du poil. Mis en place sous le motif populiste qu'il est anormal que seuls les riches peuvent se payer des heures de soutien scolaire (dixit notre ministre), ces stages dont certains ne seront pas animés par des enseignants, ne règleront en rien l'échec scolaire. Ils sont destinés à appâter les enseignants qui souhaitent effectuer des heures supplémentaires avec bonne conscience, alors que dans le même temps des milliers de postes sont supprimés, aggravant ainsi les conditions de travail dans les écoles. Parce que je respecte profondément les élèves qui ont des difficultés et leurs parents et que je suis persuadé que ce dispositif est néfaste, je continuerai à refuser de transmettre des listes d'élèves pour les stages de remise à niveau.


5. La loi sur le service minimum d'accueil dans les écoles les jours de grève n'est pas autre chose qu'une loi de remise en question des modalités d'application du droit de grève. Il est demandé aux enseignants de se déclarer gréviste 48h avant la grève afin que ce service minimum d'accueil puisse se mettre en place. Ce qui signifie clairement que les enseignants doivent collaborer à la remise en cause du droit de grève ! On ne saurait être plus cynique ! La commune de Colomiers ayant décidé de ne pas organiser ce service minimum d'accueil les jours de grève, il devient inutile de se déclarer 48h avant. En conscience, je ne me déclarerai pas gréviste à l'administration et j'informerai les parents trois jours avant de mon intention de faire grève.

Dans son dernier ouvrage, « Pédagogie : le devoir de résister », Philippe Meirieu écrit : « Nous avons le devoir de résister : résister, à notre échelle et partout où c'est possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare. Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit. Notre liberté pédagogique, c'est celle de la pédagogie de la liberté. […] Nous n'avons rien à lâcher sur ces principes pédagogiques. Car ils ne relèvent pas de choix passagers de majorités politiques, mais bien de ce qui fonde, en deçà de toutes les circulaires et de toutes les réformes, le métier de professeur dans une société démocratique.

Et devant les errances de la modernité, le professeur n'a rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire… Face à la dictature de l'immédiateté, il doit travailler sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il doit permettre l'émergence du désir. Contre les rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de la culture. Afin d'éviter la sélection par l'échec, il doit incarner l'exigence pour tous.

Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle requiert détermination et inventivité. Echanges, solidarité et travail en équipe. Elle exige du courage. Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir peur de la marginalité. Car, plus que jamais et selon la belle formule de Jean-Luc Godard, « c'est la marge qui tient la page. » »

Si aujourd'hui je décide d'entrer en résistance et même en désobéissance, c'est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. C'est parce que je ne pourrais plus concilier liberté pédagogique, plaisir d'enseigner et esprit de responsabilité qu'il est de mon devoir de refuser d'appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l'espérance que cette résistance portera ces fruits. J'espère que, collectivement, nous empêcherons la mise en œuvre de ces prétendues réformes. Cette action est une action constructive car dans le même temps il s'agit aussi de mettre en place des alternatives pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.


Monsieur l'Inspecteur, vous l'avez compris, cette lettre n'est pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l'adresser et de la faire connaître. Le propre de l'esprit responsable est d'agir à visage découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents à cette action. C'est ce que je fais aujourd'hui.

Je vous prie de recevoir, Monsieur l'Inspecteur, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.



Alain REFALO

Professeur des écoles

Ecole Jules Ferry, Colomiers (31)


Lettre adressée à Mr l'Inspecteur de l'Education Nationale de la 17ème circonscription de la Haute-Garonne, tirée du site http://resistancepedagogique.blog4ever.com...47-1030669.html



Jeudi 20 novembre 2008
- Publié dans : un T1 vaut mieux que 2 tu l'auras

Je n'ai pas fait grève aujourd'hui... Seule avec un enfant à charge, ça m'est impossible. je ne peux pas me permettre de perdre 75€.Parce que ce soit clair, les professeurs ne sont JAMAIS payés les jours de grève. C'est un mythe, encore quelque chose qui court sur notre compte....et pour répondre à un message privé: je nai pas l'inspecteur tous les jours sur le dos, c'est vrai... mais j'ai vos gamins à enseigner... Et si ça ce n'est pas une pression... Et j'ai aussi leur parents à satisfaire, à rassurer, à convaincre... Pour moi, le plus important étant évidemment que les enfants qui me sont confiés soient des élèves heureux, qui viennent avec envie à l'école, avec l'envie d'apprendre et de partager avec les autres. Mon métier est de trouver les moyen de leur enseigner les bases, de façon à ce que TOUS puissent les acquérir. Je ne compte pas mes heures. Et si vous pensez que c'est facile, que c'est donné à n'mporte qui, le concours est ouvert à tous... Et pensez à moi le jour où vous aurez votre première classe, 25 ou 30 gamins qui attendent tout de vous... Et là vous me parlerez de pression....


Alors aujourd'hui, voila ce que je voulais dire:

1: Ecoutez cette chanson... Elle n'est Hélas pas si éloignée du réel de mes collègues du secondaire. j'ai été surveillante en collège et lycée pendant des année et oui, j'ai vu tout ça. Mais 'on fait avec'.

2 Lisez ce qui suit:

Pourquoi les enseignants font grève le 20 novembre ?

Il nous semble essentiel de vous expliquer les raisons de cette grève car nous avons besoin de l’attention, de la compréhension et du soutien de tous les parents.

Nos revendications concernent vos enfants.

La plupart des élèves ont perdu 2h de cours par semaine alors que les programmes scolaires n’ont pas été allégés : il en résulte dans les classes un sentiment d’urgence, les enseignants ont moins de temps pour faire acquérir les notions, ont moins de temps pour mettre en place des projets de classe valorisants et motivants.
Apprendre ce n’est pas seulement empiler des connaissances, c’est également construire des méthodes, des stratégies d’apprentissage essentielles qui permettront à l’élève de se débrouiller plus tard dans sa vie d’adulte. Ceci ne semble pas une priorité des nouveaux programmes.

Concernant l’Aide Personnalisée (soutiens), toutes les études montrent que le soutien le plus efficace est celui qui a lieu au sein de la classe (pour que l’élève profite d’une dynamique, d’une émulation), et non pas en mettant à part certains élèves.
Nous n’avons pas attendu cette année et les mesures prises par Xavier Darcos pour mettre en place le soutien dans nos classes. Il fait partie intégrante de notre pédagogie comme cela vous a été expliqué lors des réunions de parents de début d’année.

En outre, la mise en place de l’Aide Personnalisée permet au gouvernement de justifier la suppression des postes du RASED (Réseau d’Aides Spécialisées pour les Enfants en Difficulté) alors que ces enseignants n’agissent pas du tout sur le même type de difficulté : ils accueillent des élèves qui ont des difficultés d’apprentissage plus globales, et non pas sur un point précis du programme, ils interviennent sur un registre qui dépasse le cadre purement scolaire.
Les psychologues scolaires font également partie du RASED, ils sont donc concernés par cette mesure. Or, certains d’entre vous le savent pour avoir fait appel à eux pour leurs enfants, ils sont indispensables.

L’Ecole est en danger, et il importe que les parents ne se laissent pas manipuler par des discours démagogiques qui flattent l’opinion dans le sens du poil en cassant du sucre sur le dos des enseignants, et en prétendant qu’avec des méthodes rétrogrades nous allons résoudre les problèmes de l’échec scolaire.

Nous réclamons l’abandon des mesures administratives et des décrets Darcos et revendiquons la mise en œuvre d’une politique éducative ambitieuse, pour éradiquer vraiment l’échec scolaire et œuvrer pour une école de la réussite de tous.
A l’opposé des suppressions massives de postes et de la désorganisation en cours, nous avons besoin dans notre école de sérénité, de dialogue et d’un nombre suffisant d’enseignants pour que nos enfants puissent recevoir de l’école tout ce qu’elle leur doit, dans les meilleures conditions.
Bien entendu, l’équipe enseignante reste à votre disposition pour plus de renseignements.


Voila.... ma petite pierre à l'édifice. Aujourd'hui j'avais 32 gamins dans ma classe... ça me rappelle un texte qui avait échoué dans ma boite mail... je le retrouve et je vous le mettrai ici...



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